Rentrée des classes

Deuxième jour avec des élèves,
et c’est pas triste !
La rentrée c’est un discours du directeur, en shimaoré, qui dure trois quart d’heure, le bougre s’énerve s’agite, tient son auditoire en haleine puis il présente un à un les enseignants, que la foule applaudit à chaque fois, comme au théâtre, mais au début de la pièce (c’est la première fois qu’on m’applaudit comme ça)
Ensuite prière du cadi qui souhaite une bonne année scolaire (j’ai rien compris à tout ça)
Et appel des élèves un par un par le maître.
Entrée dans la classe, pieds nus, les tongs restent sur la varangue.
Je suis censé faire cours avec les mêmes exigences qu’en métropole à des élèves 6 à 9 ans (c’est un ce1) qui ne parlent pas français et ne savent quelquefois pas écrire leur nom (à noter que l’état civil n’existant pas encore, ils ne savent pas, pour certain, comment ils s’appellent, dans la mesure où les parents ne sont pas d’accord sur le nom à inscrire)
J’ai 25 élèves, 25 cahiers, une boîte de craies blanches, un tableau et la clé d’une armoire vide
L’arrivée des fournitures est prévue pour décembre ou janvier.
Dans la classe on entend plus les chèvres et les coqs que les élèves…
Je sens qu’on va s’amuser !

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Tsimkoura

Juste une photo… prise de ma classe : la maison rose, c’est celle de l’ancien maire. Le nouveau maire, sa maison est en chantier.
À part ça, il commence à faire froid.
Le soir, on met une petite laine et l’autre jour, il a fait gris toute la journée.
Le thermomètre dépasse à peine 26°.

L’école !

Hier prérentrée à l’école… et grève illimitée des instituteurs territoriaux, qui réclament le paiement d’une indemnité de résidence que se sont accaparées les mairies.
En conséquence, apparition du directeur et des collègues qui s’étaient donnés rendez-vous devant l’école pour aller manifester à Mamoudzou. Curieusement, mon nouveau directeur ressemble beaucoup à l’ancien, même corpulence, même moustache, même goût prononcé pour les discours qui se prolongent, mais en beaucoup plus noir, bien sûr.

Aujourd’hui, rentrée des élèves, tous les collègues sont grévistes, sauf moi et ma modulante, une charmante mahoraise fraîchement sortie de l’IFM. (La grève, c’est aussi pour le rajout d’un U entre le I et le F, U pour universitaire bien sûr).

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7h00, personne…

7h10, trois élèves se présentent mais se font renvoyer par le directeur. J’ai le temps de récupérer les clés de la classe et une liste d’élèves.

8h00, toujours personne. Le directeur est parti pour manifester devant le vice rectorat (encore une mesure vexatoire visée par la grève des instits qui veulent un rectorat)

9h00, je ne peux pas téléphoner à mon inspectrice (le téléphone est bouclé dans l’armoire du bureau) je rentre à la maison puis je file vers Mamoudzou acheter des stylos pour les élèves. J’ai eu 25 cahiers, une boîte de craies blanches et une boîte de craies de couleurs. Heureusement que je n’ai que 23 élèves. Et j’ai plus de chance que la collègue de maternelle qui a reçu 2700 rouleaux à peindre, pour remplacer le matériel commandé, facturé mais pas disponible.

Du coup, j’ai du temps pour écrire, bricoler, etc…

Mais positivons : lorsque j’ai demandé si on pouvait disposer du terrain de sport, à côté de l’école, on m’a répondu que c’était celui du collège, que les primaires faisaient sport sur la plage, de l’autre côté de la route. Ouf

Sourire

Comme c’est la rentrée des classes en métropole, je suis allé me présenter au vice rectorat de Mamoudzou. Après comme il faisait chaud, on est allé à la plage. Ensuite j’ai décidé de commencer une lettre hebdomadaire, parce que tous les jours, je n’ai plus le temps d’écrire. En voici les traces.
Ce qui frappe à l’arrivée à Mayotte…
C’est quelquefois la France, panneaux uniformes ; c’est partout l’Afrique, bidonvilles terre rouge saleté fourmillement de femmes et d’enfants les vêtements colorés
Les chauves-souris grosses comme des corbeaux
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Autoportrait d’instituteur un jour de rentrée des classes

Les zébus les poules les cabris partout Des routes de montagne bordées de bananiers
La gueule détruite de certains métropolitains (mzoungou)
Une odeur qui flotte partout
Des femmes au boulot des hommes assis à discuter
Le bureau de l’inspection (imaginez le bar dans la BD Kid Congo, pour les connaisseurs)
Les taximans qui conduisent bizarrement L’impression de se promener dans la grande serre tropicale du parc du Muséum d’Histoire Naturelle quand on sort dans le jardin (moiteur, odeur, bruits)
C’est plaisant…
Le plus déstabilisant c’est de ne pas pouvoir communiquer (avec beaucoup de femmes surtout) c’est aussi de se retrouver tous les trois seuls sur une plage de cinq cent mètres de long avec un chien qui remue la queue à côté de nous.
Ce qui gène le plus c’est l’air conditionné.