Intentions

dscn1023-dee4cEmbouteillage

Pendant ces trois semaines de voyage, il y a eu des moments en soirée où il n’y avait que peu de choses à faire. N’arrivant pas à lire à la lueur des bougies, j’ai commencé à tenir un journal que j’ai ensuite poursuivi jusqu’à notre arrivée à Mayotte. Comme il est assez long, je l’ai divisé en six parties, chacune, sauf la dernière, correspondant à une des ethnies que nous avons croisées.

C’est ce que j’écrivais en 2005. Ce premier voyage a été suivi par deux autres, qui nous ont amenés de l’océan Indien au canal du Mozambique, en passant par les Terres Hautes. Ils sont également divisés en trois parties, Betsimaraka, les Terres du Milieu et Belo.

Pour y accéder il suffit de cliquer sur l’image…

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Mamoudzou

Aujourd’hui c’est vendredi, le vendredi du pont de l’Ascension.

A mes collègues musulmans qui voulaient savoir à quoi correspondait ce jour férié, je n’ai pas dit que c’était la fête des alpinistes, mais j’ai vanté la supériorité des fêtes religieuses catholiques qui se situent par rapport aux week-end (lundi de Pâques, de la Pentecôte, jeudi de l’Ascension…), alors que les leurs suivent la lune : ils ont droit à quatre jours fériés et arrivent à les placer le dimanche.

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Bon, aujourd’hui c’est pont, donc journée à Mamoudzou. C’est la métropole mahoraise, la moitié de la population de l’île. Une ville qu’on ne peut voir dans son ensemble, construite dans une demi-douzaine de vallées et autant de coteaux. Un gros bidonville à première vue, crasseux et grouillant de vie, avec ses cases tôle, ces cubes de bétons et quelques bâtiments plus importants (on ne dira pas immeubles).

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Et puis, un marché vivant, la barge qui va et vient entre Dzaoudzi et Mamoudzou, des boutiques cachées, des ruelles ombragées, un jaquier entre une villa bourgeoise et un banga miteux. Des gens qui prennent en charge leur rue, leur quartier, faute de services publiques, des enfants qui courent, un gros village agréable et calme. Des inconnus qui vous saluent.

Le maire lui veut une nouvelle mairie, plus grande, plus belle. Il est de notoriété publique qu’il a passé beaucoup de temps à négocier le lecteur de cd et la clim’ sur sa Mégane de fonction. C’est un maire moderne, admirateur de JC. Les six camions bennes des éboueurs sont en panne depuis plusieurs semaines, ils travaillent avec des pelles, des brouettes et un de ces vieux camions Berliet de mon enfance.

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Voilà une ruelle entre deux rues, avec son linge qui sèche et sa bouéni qui sieste à l’ombre du bananier.

C’est la fin

C’est le retour de l’hiver.
Ici, c’est la fin de la saison des mangues, mais le début de la saison des agrumes, citrons et oranges dans le jardin, mandarine et pamplemousse sur le marché, verts à l’extérieur, jaunes à l’intérieur. C’est la fin de la saison des ananas mais le début des avocats, gros et onctueux.

fruits-e79c2C’est toujours la saison des bananes et des cocos, et celle du fri à pè aussi.

Il y a aussi ces curieux fruits de la passion jaunes, excellents dans un planteur.
C’est le début de la saison des caramboles mais la fin de la saison des jaques et des tomates.
On a fêté le retour des pois chiches dans les boutiques, mais constaté la disparition de la graine de couscous.
La fin de la saison des mangues, c’est aussi la fin de la saison des pluies.
Elle revient quand même par intermittence, et une journée de pluie, c’est une couche de moisi qui recouvre tout en quelques heures.
Mais demain il fera beau et tout sèchera. C’est aussi le début des vacances.

À trois jours des vacances

De plus en plus difficile de trouver du temps pour écrire.
Et que dire ?
Les petites anecdotes quotidiennes qui égayaient notre routine commencent à nous échapper sinon à nous lasser. Elèves qui dorment, qui se battent, enseignants dépassés et démotivés, administration tatillonne, petits commerçants roublards…
Plus de paquets postaux à la poste depuis un mois, même à Mamoudzou, j’ai fait un colis pour grand’ mamie avec un pack de bière sud-africaine.

Hier soir, de retour d’un entretien avec le vice-recteur, dans la rue, à la recherche de Ronan, un coucher de soleil aux fulgurances magiques, ciel rougi aux nuances violacées, le Ras Boueni se découpant en noir sur la baie argentée, les arbres en fleurs de chaque côté de la rue. C’est la saison de l’alizé et c’est paraît-il fréquent.
Le temps de rechercher un appareil photo, le ciel était gris, la nuit déjà là.

Ce soir, à la recherche des oranges du petit dèj’ au fond du jardin, une chauve-souris pendue à un bananier s’envole. J’ai dû la déranger et je suis bon pour une douche, elle m’a compissé en volant au dessus de moi. Elle sont grosses comme un petit chat avec une belle envergure et des piaillements désagréables lorsqu’elle se disputent une branche. Pas discrètes non plus à la saison des chaleurs.

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Le matin est plus calme maintenant (sauf cette nuit où quelques visiteurs importuns ont tenté de se servir dans les maisons alentours), mais, à la saison des pluies, les oiseaux étaient plus volubiles, à l’heure de se lever. Et puis un essai d’ambiance tropicale, une minutes avec les oiseaux du jardin. Ce sont plusieurs prises mixées et on entend même les zébus qu’un jour, notre voisin mahorais, mit à débroussailler son champ.
Ici pas de Pâques, le chocolat côte d’Or est grisâtre, friable et sec. Mais bientôt Maoulida.

« Mbaraka » on dit pour l’ide

La saison des pluies est là.

On ne peut plus rien prévoir, petit déjeuner interrompu (il fait plus frais quand il pleut, tout le monde va s’habiller, short et Tee-shirt) puis organisation d’activités d’intérieur, la journée sera longue, ici c’est férié, c’est la fin du ramadan.

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Tout ça pour finir à la plage, au pied d’un baobab.

Un seul bémol, l’eau du lagon était fraîche. Ronan est resté faire des châteaux de sable au bord de l’eau.

C’est la rentrée

Nous voilà dans le vif du sujet.
Un toit, l’eau, l’électricité, le téléphone, et l’école…
Ronan d’abord, un collège tout neuf, trente élèves dont dix mzoungous, cela a l’air de lui convenir.
Il y a même un gymnase pour le sport.
Je le dépose le matin en allant à l’école, il rentre à pied ou en taxi.

Moi je continue, je prends la route des Crabes, qui longe le lagon, et j’arrive à mon école, juste après le quai des pêcheurs. C’est aussi une école neuve, elle n’a que quatre ans, douze classes et 16 divisions à ce jour. Il y a donc huit collègues qui rotent.
Je n’en fais pas parti, ayant un CP de 31 élèves, tout aussi mignons que ceux que l’on peut voir en métropole. Autant dire que je m’agite de sept heures à midi et que je rejoins mes foyers « rendu ». Du matériel cette année, pas forcément celui qu’il faudrait, mais bon, il faut savoir s’adapter. Des collègues maîtrisant bien le français, si ce n’est Mohamed, dit « Chevronné » (????), instituteur, mais aussi déménageur, éleveur, armateur (il possède deux pirogues armées à la pêche et quelques anjouanais), et surtout polygame dépassé par ses femmes.

Ici, pas de cérémonie religieuse le jour de la rentrée, ni de discours du cadi, juste les listes d’élèves affichées sur les classes.
Problème, trente à soixante pour cent de la population étant analphabète, cela ne fonctionne pas bien, certaines mamans me mettront un extrait d’état-civil sous le nez, une boudera un petit moment, elle a vu un Hamada sur ma liste, mais ce n’est pas son fils, et mon Hamada est déjà assis. On y passera une partie de la matinée.
Premières paperasses, premières contraintes… Le planning pour le sport, douze classes à servir pour deux espaces … le boulodrome voisin (il y a même les bancs et une buvette) et le terrain de foot pour lequel il faudra intégrer l’horaire des marées.

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Heureusement qu’il y a eu une création de classe, sinon c’était un CP à 40. Cela me change de la Madeleine où, à ce que j’ai entendu, Anne a fait un séjour express, pour la deuxième fois, si ma mémoire est bonne. Maël a dû être déçu.

Encore lui !

On a déménagé !

On vit à la Vigie, quartier mahorais de Labattoir, une grande maison avec vue sur le lagon, à droite, et à gauche sur les …, hum…., comment dire, ce sont des maisons d’habitation faites de bidons, de tôles, de pisé, mais pas des bidonvilles, juste des maisons de bric et de broc, bref grand changement.
Adieu les petits oiseaux, bonjour les coqs et les cabris mais pain frais tous les jours.

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On n’a pas d’adresse, juste la maison de Sitti, à la Vigie de Labattoir, en face de la cabine téléphonique, un endroit haut en couleurs, j’en parlerai sûrement, comme du déménagement et de mes nouveaux collègues.

Sitti c’est la propriétaire de la maison.

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Ronan entre en 5ème et, grands changements pour lui, il va avoir toutes les matières au programme et, surtout, ils sont onze mzoungous dans sa classe. Il se sentira moins isolé car ils n’étaient que quatre, tous plus vieux que lui, dans son collège, l’an passé.

Problème, l’appareil photo est cassé, trop de sable dans la boîte a dit le fabriquant.
En attendant, il ne me reste que des photos d’archives, celles prises cet été (on a eu frais, nous, même s’il n’a pas neigé comme chez nos voisins de la Réunion) ou celles qui datent de l’an passé et que je n’ai pas osé envoyer.
Pour varier les plaisirs, j’ai commencé une petite bande dessinée, l’histoire est véridique, Mais je n’ai pas eu le courage d’aller au-delà du brouillon…

Demain lundi, 31 petits CP non francophones m’attendent, il est temps de dormir.

Moustiques

Ici c’est la saison des moustiques qui est de retour.
Les démoustiqueurs de la DDASS viennent de passer répandre leur produit puant dans la maison.
Depuis quelques soirs, c’était le retour des pantalons, chaussettes et répulsifs, ou sinon enfermement et moustiquaires obligatoire.

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Une info qui peut intéresser, on a testé tout ce qui existe sur le marché de la protection anti-moustique, les appareils électriques, électroniques, à ultrasons, les fumigènes, les écolos (géranium, citronnelle,…), en culture, en tisane, en rhum arrangé, rien de tout cela n’est efficace. Seulement les moustiquaires, les bonnes claques et les répulsifs.

En attendant, on recommence à vivre entre les cartons, en attendant un déménagement la semaine prochaine, direction le quartier de la Vigie à Labattoir.