Le dernier qui sort éteint la lumière!

Ici, les jours n’en finissent pas d’allonger.
C’est bientôt l’été et il commence à faire chaud.
On croise quelquefois des gens qui en souffrent, une voisine, directement arrivée du Pays Bigouden, qui avait la goutte au nez, à la poste de Chirongui, l’autre matin. J’ai cru qu’elle avait pris froid, qu’elle était enrhumée, mais non, on aurait dit qu’elle sortait de la douche, tellement elle transpirait !
L’organisation de la journée s’en ressent. Debout tôt le matin pour tout ce qui est activité physique (ménage, jardinage, courses en ville, travail, jogging, …) puis sieste jusqu’à 16h et ensuite quartier libre, visite chez les amis, plage, vélo, cuisine, comme on veut. On n’a pas la télé et c’est vraiment super, cela libère du temps pour d’autres choses. Et c’est même surréaliste d’entendre la voix de JP Pernoud en milieu d’après-midi sortir des fenêtres des voisins.
Mais bon, ça prévient que c’est la fin de la sieste, qu’il faut penser à se préparer à revivre.

le_dernier_qui_sort_eteint_la_lumiere-2d35cCoucher de soleil sur Boueni

La photo, je l’ai prise hier à Boueni, dans le sud de l’île, en revenant de la plage. On avait traîné, ce jour-là, et le soleil ne nous a pas attendu. Au retour, on a frôlé plusieurs fois l’accident : des cabris qui jouaient sur la route dans un virage, un gros crabe qui traverse sans faire attention, un couple de zébus rentrant à la maison.

Le voulé

Depuis que nous sommes dans l’hémisphère sud, tout marche à l’envers. Imaginez-vous que le printemps est bien avancé. L’île a perdu ses couleurs d’automne, l’émeraude tranche sur l’azur du lagon, les baobabs au bord des plages se couvrent de petites feuilles vertes (voir photo jointe), les alizés qui soufflent du sud nous rafraîchissent délicieusement. Après une semaine de merde, une journée de rêve, un voulé (pique-nique, tradition dominicale mahoraise) sur la plage, à l’ombre des arbres, à manger des brochettes de zébu accompagnées de rougail mangue et de rougail papaye. Une journée épuisante, trois heures dans l’eau à papoter (d’aucune dirait « battre de la gueule », si mes souvenirs sont exacts) et à digérer en essayant de ne pas trop bouger pour s’économiser. Et puis le soleil qui se cache derrière un gros nuage et qui joue avec la lumière du soir.

capture_d_ecran_2012-12-28_a_10-15-06-c14d7Ngouja

Demain deux décembre, encore trois semaines à ce rythme et ce sera l’été.

Le margouillat

C’est un petit gecko vert et rouge, très mignon, qui vit partout à Mayotte. On les trouve en particulier dans les bananiers, parce qu’ils recherchent la fraîcheur et l’humidité qui attirent les insectes dont ils se nourrissent.
On les trouve aussi dans les maisons car, comme les Mahorais, ils ont su s’adapter à la civilisation moderne. Et en plus ils mangent les mouches et les moustiques.
C’est tout bon pour nous, pensez-vous, d’autant qu’on a un vieux mâle dans la cuisine, au-dessus du néon qui attire si bien les insectes volants.

capture_d_ecran_2012-12-28_a_10-12-14-8f9eaPetit margouillat vert

Oui, bon, mais le vieux mâle, sa place est convoitée, on est en Afrique ici, il y a des cocotiers même dans les cuisines.
Du coup, ce sont des bagarres quotidiennes pour occuper le terrain, des petits jeunes agressifs qui veulent la place, des cris, parce que ça crie, un margouillat en colère. Et quand on se bat, on se blesse, on perd sa queue, qui repousse mais on se dandine lentement et maladroitement en attendant qu’elle rallonge, cette queue. Et puis ce n’est pas facile de chasser le moustique quand on est handicapé : il n’a plus qu’une ventouse à la main droite, le vieux mâle, sans doute une vieille blessure.
Du coup, les moustiques et autres insectes volants sont tranquilles et nous on nettoie les crottes des prétendants qui attendent derrière le rideau de la cuisine.
Aujourd’hui on n’est pas allé à la plage. Juste hier.

Y fait pas bô ! Pas de plage !

capture_d_ecran_2012-12-28_a_10-06-07-0b378Image satellite Météo Réunion

Boura ne prend qu’un air. C’est le nom de cette magnifique dépression tropicale.
A noter qu’elle va droit vers la Réunion et qu’elle est notée cyclone, plus costaud qu’Atang, la tempête précédente.
Nous on n’est pas emmerdé par Noël, on n’y pense pas, sauf quelquefois à la plage (mais pas aujourd’hui pour cause d’orage).
Par contre on a le ramadan et c’est rigolo. Cours allégés ( 4 heures au lieu de cinq), matchs de foot en soirée et gens qui somnolent partout (il faut visiter la bibliothèque de Mamoudzou un vendredi de ramadan !).
Quand aux fruits, pareil, sauf que nos fruits de la passion sont jaunes et que les mangues ont du mal à mûrir pour cause de rougail de mangues vertes et de makis.
On attend avec impatience les nouveaux citrons verts et les oranges du jardin.
PS : Le ciel est magnifique ici, rien à voir avec la métropole…

Une journée en classe

Promis, pas de photos de plage, rien que des histoires de boulot, semaine de la rentrée oblige.
Cette semaine de rentrée d’ailleurs, ça a été une semaine terrible.
Pour la première fois, les CE2 passent l’évaluation nationale… Pour ceux qui savent pas de problème, pour les autres, pensez à un petit livret rose plein d’exercices de Français et de mathématiques.
Le directeur est venu me voir plusieurs fois à propos de ces évaluations. La première, c’est juste après qu’il ait donné le livret de passation (les consignes) au maître du CE2. « Je ne comprends pas, je lui ai donné le livre et maintenant il est tombé ». Le maître en question était tombé raide par terre, alors, avec le directeur et ses deux femmes, on a dû l’amener au dispensaire et depuis on ne l’a plus revu.
Pour finir avec ces évaluations, il faut savoir qu’un tiers de la classe n’a pas su répondre à la première question :
Complète : Je m’appelle …

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En classe

Tout cela est très anecdotique et peu engageant. Malgré tout, les collègues sont souvent sympas, mais perdus, faute de formation adéquate. Les enfants sont adorables.
Un exemple, Mayotte est terre d’Islam et les femmes sont voilées, c’est à dire qu’elles portent un châle (le lambe) sur la tête, ou autour du cou, comme paréo ou accroché au sac ou à la ceinture. Rien de très agressif.
Les petites filles elle aussi le porte.
Malheureuses sont celles qui n’en ont pas. Un châle, ça sert de corde à sauter, de balle au jeu du coq assassiné (mélange de tomate et de ballon-prisonnier), pour causer en toute discrétion avec la voisine en classe, pour fouetter les garçons, pour dormir tout en ayant l’air d’écouter, pour se moucher, pour effacer l’ardoise, etc…

Conseil des maîtres

Premier conseil des maîtres de l’année, mercredi après- midi 14h00

M. le Directeur ouvre le conseil en remerciant les chers collègues de leur présence. Il rappelle que ce n’est pas de sa faute mais qu’il s’agit d’une obligation de service puis demande si quelqu’un est au courant pour l’ordre du jour, parce qu’il a oublié.

On commence par le projet d’école puis on passe au conseil de cycle avant d’arriver aux divers. Youssouf s’est endormi et les autres plaisantent. Trois femmes et dix-neuf enfants, dont onze scolarisés à l’école, c’est très fatiguant !

Youssouf se réveille et on reprend le cours du conseil des maîtres. Il faut faire un planning pour l’utilisation de la plage. Là, le directeur craque et s’endort. Il est bientôt trois heures.

De nouvelles plaisanteries, lui il n’a plus qu’une femme, mais beaucoup de filles, alors il a ouvert un restaurant chez lui, et donc il est aussi fatigué.

village_16-e4768Le restaurant du directeur d’école

Il se réveille, lève la séance et fixe une date pour le conseil d’école. Ce sera mardi prochain, veille du début du ramadan.

Voilà un conseil des maîtres et un conseil de cycle bouclé.

Il est encore temps d’aller à la plage…ou de poursuivre sa sieste.

Le directeur, c’est un mahorais, pas très francophone, mais bon, si on sait de quoi il parle et qu’on est attentif, une fois sur deux on comprend.

Les élèves, il y en a de deux sortes, les garçons, qui sont libres toutes la journée et ne comprennent pas pourquoi on les enferme dans une cage à heures fixes, et les filles, qui profitent de leur cinq heures de classe pour se reposer, pas de bois à aller chercher, pas de bébé ou de chèvres à garder, pas de ménage.

Tout ça, ça fait des kyrielles d’enfants au regard triste. Quand je pense à ces pédiatres qui parlaient de maternage africain.

Ceci dit, l’ensemble reste positif, les tâches sont variées et les contacts agréables, faut quand même éviter de trop juger avec notre regard. Je commence à m’habituer à certaines choses.

Anecdote

Parmi les multiples tâches des EMF à Mayotte, il y en a une appelée suivi.
Chaque EMF est chargé de suivre, conseiller, encadrer, un groupe de dix à vingt enseignants mahorais. Il peut s’agir d’enseignants déficients, de nouveau enseignants, de contractuels lâchés sur le terrain sans formation, plus rarement de collègues sollicitant une aide.

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Première visite : une jeune contractuelle recrutée la semaine dernière à qui j’explique qu’on n’écrit pas sur le livre, mais sur un cahier, une feuille, une ardoise… Les livres il n’y a pas de sous pour en acheter tous les ans. Deuxième visite dans une maternelle : tout est calme, pas de bruit. J’entre doucement dans la classe. Les élèves dorment, couchés sur les tables, l’instit’ roupille derrière son bureau, l’atsem est couchée par terre, enroulée dans son châle. En deux minutes, la classe reprend un cours normal, sauf que c’est l’atsem qui bosse, l’instit’ restant derrière son bureau.
Là aussi, je sens qu’on va rire.
Quelques définitions d’instituteur déficient :
Il ne parle pas suffisamment français pour réussir l’examen d’entrée en 6ème local.
ou
Il a été recruté au niveau de la 3ème (= il n’a pas été admis en 2de) et il n’est payé que 800 € par mois alors il s’en fout parce qu’il est taximan l’après-midi. C’est aussi un métro qui a le bac, qui est contractuel, qui n’a pas eu de formation et qui n’est là que pour le lagon. C’est encore le cousin du directeur ou du maire ou du cadi et il a été nommé à titre exceptionnel et définitif dans son village. Il sait peut-être lire.
A noter que le rapport entre élèves et instituteurs, c’est un rapport de domination, baisse la tête quand je parle, avec utilisation de bâton pour amadouer les têtus. La première fois c’est un peu délicat d’expliquer au directeur (la cinquantaine, mais en plus vieux que moi) que corriger un élève, ce n’est pas lui taper dessus avec une canne.
Anecdote supplémentaire : le vice-recteur, nouveau venu a voulu prendre le pouls d’une école, dans le sud, à l’improviste.
Quand il est arrivé, les élèves étaient tranquilles, dans la cour et les enseignants préparaient les brochettes sous le badamier. Il est parti en colère, a appelé l’inspecteur qui a débarqué une heure plus tard dans l’école. Comme les brochettes étaient prêtes, elle a été invitée à partager le repas…

Rentrée des classes

Deuxième jour avec des élèves,
et c’est pas triste !
La rentrée c’est un discours du directeur, en shimaoré, qui dure trois quart d’heure, le bougre s’énerve s’agite, tient son auditoire en haleine puis il présente un à un les enseignants, que la foule applaudit à chaque fois, comme au théâtre, mais au début de la pièce (c’est la première fois qu’on m’applaudit comme ça)
Ensuite prière du cadi qui souhaite une bonne année scolaire (j’ai rien compris à tout ça)
Et appel des élèves un par un par le maître.
Entrée dans la classe, pieds nus, les tongs restent sur la varangue.
Je suis censé faire cours avec les mêmes exigences qu’en métropole à des élèves 6 à 9 ans (c’est un ce1) qui ne parlent pas français et ne savent quelquefois pas écrire leur nom (à noter que l’état civil n’existant pas encore, ils ne savent pas, pour certain, comment ils s’appellent, dans la mesure où les parents ne sont pas d’accord sur le nom à inscrire)
J’ai 25 élèves, 25 cahiers, une boîte de craies blanches, un tableau et la clé d’une armoire vide
L’arrivée des fournitures est prévue pour décembre ou janvier.
Dans la classe on entend plus les chèvres et les coqs que les élèves…
Je sens qu’on va s’amuser !

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Tsimkoura

Juste une photo… prise de ma classe : la maison rose, c’est celle de l’ancien maire. Le nouveau maire, sa maison est en chantier.
À part ça, il commence à faire froid.
Le soir, on met une petite laine et l’autre jour, il a fait gris toute la journée.
Le thermomètre dépasse à peine 26°.

L’école !

Hier prérentrée à l’école… et grève illimitée des instituteurs territoriaux, qui réclament le paiement d’une indemnité de résidence que se sont accaparées les mairies.
En conséquence, apparition du directeur et des collègues qui s’étaient donnés rendez-vous devant l’école pour aller manifester à Mamoudzou. Curieusement, mon nouveau directeur ressemble beaucoup à l’ancien, même corpulence, même moustache, même goût prononcé pour les discours qui se prolongent, mais en beaucoup plus noir, bien sûr.

Aujourd’hui, rentrée des élèves, tous les collègues sont grévistes, sauf moi et ma modulante, une charmante mahoraise fraîchement sortie de l’IFM. (La grève, c’est aussi pour le rajout d’un U entre le I et le F, U pour universitaire bien sûr).

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7h00, personne…

7h10, trois élèves se présentent mais se font renvoyer par le directeur. J’ai le temps de récupérer les clés de la classe et une liste d’élèves.

8h00, toujours personne. Le directeur est parti pour manifester devant le vice rectorat (encore une mesure vexatoire visée par la grève des instits qui veulent un rectorat)

9h00, je ne peux pas téléphoner à mon inspectrice (le téléphone est bouclé dans l’armoire du bureau) je rentre à la maison puis je file vers Mamoudzou acheter des stylos pour les élèves. J’ai eu 25 cahiers, une boîte de craies blanches et une boîte de craies de couleurs. Heureusement que je n’ai que 23 élèves. Et j’ai plus de chance que la collègue de maternelle qui a reçu 2700 rouleaux à peindre, pour remplacer le matériel commandé, facturé mais pas disponible.

Du coup, j’ai du temps pour écrire, bricoler, etc…

Mais positivons : lorsque j’ai demandé si on pouvait disposer du terrain de sport, à côté de l’école, on m’a répondu que c’était celui du collège, que les primaires faisaient sport sur la plage, de l’autre côté de la route. Ouf