La pluie qui vient

Orage qui vient

Début juin. Il fait chaud, sans plus. Les températures sont agréables. Pas comme l’année dernière où le thermomètre avait flirté avec les cinquante degrés. L’air brûlait les paupières.

La nuit, je dors. La fenêtre est ouverte, le brasseur d’air rafraîchit le corps. La rue est calme, malgré le Ramadan. Quelquefois un chien aboie. Anne-Marie dort paisiblement.

Cette nuit, dans un demi-sommeil, j’ai entendu un bruit sourd, persistant. Une sorte de grondement. Un orage. La pluie qui frappe le sol. Non. Éveillé, je reconnais le bruit d’une carriole, sans doute un chiffonier matinal.

Et de me rappeler ces moments d’avant la pluie. Le silence de l’air immobile. Les odeurs de terre qui s’exhalent. Et la première goutte qui tombe. Lourde. Suivie d’une autre, et d’une autre. Un grondement sourd quelquefois les accompagne. Et puis c’est l’averse brutale, les bourrasques, les éclairs, le tonnerre, la folie d’un orage.

Deux ans d’Égypte. Deux ans sans pluie. Deux ans de soleil, de poussière, de vent. Curieux, ce souvenir qui m’envahit brusquement. Et puis je me rendors.

 

Sourire

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Je vis.
Elle, elle est heureuse,
elle ne le sait pas.
Quelquefois elle s’inquiète
D’être seule encore
mais elle est heureuse.
Moi je la regarde et je souris.

Parfois m’effleure une présence,
silencieuse.
Je me retourne,
ne voit qu’une absence.
Alors, m’embrasse
ce voile de solitude,
Ce noeud glacé au fond de moi.

Je la regarde et je souris.
Je vis.

Une histoire vraie

Je rentrais du bord de mer ce jeudi-là, d’avoir promené Nina, passant par l’avenue qui traverse Boulouris. Boulouris, c’est des un quartiers de Saint-Raphaël. Enfin quartier… plutôt une accumulation de villas, de petits imeubles, d’impasses et de lotissements, le tout sans guère d’organisation urbaine. Les piétons sont rares, sur cet axe qui relie la gare de Boulouris au centre ville. Ici, pas de bus, ni de piste cyclable, on ne se transporte qu’en voiture.

Cette silhouette hésitante, qui marchait appuyée sur une canne, sur ce trottoir habituellement désert, a attiré mon regard. Sa capeline, son regard triste, l’homme qui l’attendait, impatient, je ne l’ai pas reconnue, ma vision est bien trop floue maintenant.

Mais je n’ai pu m’empêcher de penser à cette histoire qui s’est écrite toute seule. C’est une histoire vraie. Enfin, si les mots veulent bien dire la vérité. Ce sont mes mots, et mes mots mentent volontiers. C’est mon histoire, peut-être pas la sienne. Les mots, posés sur la réalité, racontent toujours une fiction. J’ai voulu que les mots, les dessins se répondent même s’ils sont nés sans savoir que je les utiliserai ailleurs. Ces mots, ces dessins, je les ai éparpillés sur ce site, au hasard de mes lectures.

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C’est une histoire vraie, ou peut-être un rêve, mais c’est mon histoire. Une histoire qui vient de mon passé. Bien sûr, Elle, Elle a son histoire. Peut-être un jour croisera-t-elle ces pages, au hasard de ses errances sur internet. Elle écrira alors un commentaire. Juste « Je t’ai lu ». Ou alors Elle pleurera. Je ne sais pas.

Je n’ai jamais su.

Misère

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Maison qui se délite,
Armoires fermées,
Bruissant d’objets oubliés,
Fantômes d’un temps passé.

Maison qui a peur,
Peur du rodeur, du voisin,
Cachant ce qui brille, taisant la beauté,
Portes verrouillées, cadenassées.

Maison qui voulait paraitre.
Ample salon qui fut lumineux,
Cuisine couloir, chambres étouffantes.
Maison étriquée.

Maison repliée sur elle-même,
Enfermée dans son jardin abandonné.
Terrasse qui se meurt,
Peintures écaillées.

Maison au nom tristement banal
Dans cette impasse si calme.
Maison de l’oubli.
La vie s’y est arrêtée.

Insomnie

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Paris, hôtel Pernety,
quatre heures du matin.
Silencieuse,
tu dors,
le visage recroquevillé dans tes poings serrés.
Un rai de lumière couvre ton épaule.
Un rêve étrange m’a réveillé
qui me file entre les doigts.
Je n’étais pas à ton côté.
J’étais toi, j’étais en toi,
voyant le monde avec tes yeux,
le ressentant à travers ton corps.
Mais alors, qui donc était là, près de toi ?