Septième mois

Éh oui, c’est notre septième mois à Mayotte.

Sept mois à observer l’horizon, à scruter le ciel. L’horizon est différent ici : les nuages passent, souvent majestueux, on se sent debout sur une grosse boule, on les voit disparaître derrière l’horizon tant l’air est transparent. Et jamais, ou si rarement, on ne voit de voiles, juste quelques pirogues sur le lagon. L’océan indien, c’est vide, pas de scooters, pas de vedettes, pas de voiliers, pas de ferries, juste du bleu.

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Sept mois mais dix kilos de moins : pas de pain, pas de fromages, pas de charcuteries, pas de vin, ou plutôt rien d’agréable, juste de la piquette au prix du meilleur, le ‘Justin Bridoux’ au prix du caviar… Et un régime de rêve, fruits, légumes et poissons ; à ce rythme, je ne pèserai plus qu’un demi- DEA(*) à la fin du séjour !

Et deux à trois kilos de perdus tous les jours, du lundi au vendredi, entre sept heures et midi, la balance l’atteste, mais récupérés le soir même, difficilement.

25 élèves, 25 niveaux, 25 problèmes. Sandani qui tape sur les filles, Hamada que je dois mettre torse nu (il mange sa chemise), Dhoirfati qui est tombée sur la tête quand elle était petite et qui sourit tout le temps, Toyimina, qui n’a jamais de culotte et passe son temps accroupie, jambes écartées, bouche grande ouverte, Zaki, qui m’aime beaucoup – Lâche-moi donc ! -, Zalifa, très souriante. Ill y a aussi Zaïd, qui n’aime pas Zaki, et qui tape dessus. Et Bilé qui suce son pouce, et Djamal qui se gratte les pieds. Hounaïda gère son petit monde pendant que Sitirati écrit sous la table alors que Zoumdati dort… Le Kamal découvre la joie des mots qui prennent du sens et Oulaya cause, cause, cause… Elle veut être maîtresse. Zaïd veut être policier, peut-être pour continuer à discuter avec Zaki. Et tout ce petit monde progresse, sans papa souvent, quelquefois sans maman, juste nourris par untel ou unetelle. De grandes paires d’yeux attachants.

Sept mois et déjà une fin. Un nouveau vice-recteur et de nouvelles idées. Plus de maître formateur dans la brousse, regroupement de toutes les compétences autour des centres d’excellence (sic) que sont les écoles d’application. Mon poste est supprimé. J’espère que les élèves de l’école crieront toujours « Michel ! » en voyant passer une Twingo rouge dans le village, en route pour la plage ou en revenant…
Sept mois aussi loin de la télévision. Ici, tout est loin, la politique, les hommes qui la font, les accidents, la guerre même. Du moins pour nous. On mélange un peu tout. Si j’ai bien compris, Bush ne sera pas réélu, Chirac aurait fait un septennat et deux quinquennats.

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Ici la plage, le dimanche en fin d’après-midi, c’est un peu comme en Irak, du sable et des engins blindés qui ressortent dès le départ des envahisseurs pressés de rentrer à Mamoudzou.

(*) le DEA est une unité de masse égale à environ un quintal pédagogique, cartable compris.

C’est l’automne

C’est l’automne et on commence à le ressentir, jours plus courts, debout dans la nuit le matin, et le soir qui tombe vers 18h. Moins de pluies, bientôt l’alizé et les petits matins frisquets. Á 28°, le teeshirt est nécessaire le matin, et la voiture est couverte de rosée. Elle a même failli refuser de démarrer ce matin. Il va falloir la bichonner pendant l’hiver. Un autre symptôme, c’est Ronan, qui se retrouve avec une bonne laryngite.
Ici aussi, c’est la guerre, sans images pour nous, ni journaux. On vit au rythme des rumeurs. Et les héros des élèves sont un bon indicateur de l’opinion des parents : ici c’est Ben Laden et Saddam Hussein qui sont plébiscités. Il faut ajouter Lucky Luke pour ceux qui ont la parabole, c’est à dire TPS ou CanalSat.
Heureusement, cela reste bon enfant, et si Jacques Chirac souhaitait un jour être président de quelque chose, c’est à Mayotte qu’il devrait se présenter.
D’ailleurs, les enfants sont là pour nous ramener en Afrique, loin des tumultes de la guerre.
Expliquer ce que veut dire le mot ruisseau peut sembler simple : cours d’eau, eau qui s’écoule, deux rives, l source, la rivière, les écrevisses… Non ? Ah oui, là où les mamans font la lessive, sous le pont…
Compris ? Ouf !
Et le linge sèche sur le parapet du pont, au bord de la route. Les grandes soeurs ramènent le ballot de linge dans une bassine, sur la tête.

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On s’entraine tôt, à ce mode de transport des marchandises : ramassage des cahiers du jour, ce midi, par exemple, ou alors la grande soeur qui amène une bouteille de coca – on aime Saddam, mais on boit du coca, ici – à ses frères, ou encore la femme mûre qui marche devant son mari, les deux portant l’une, un régime de banane, l’autre son chombo (machette mahoraise) sur la tête.
La photo, c’est Djouhaïria en classe, ce matin, et les autres élèves assis tranquillement.

To do list

Samedi soir, comme souvent, retour de plage, cuit par le soleil, fatigue et soif urgentes, mais beaucoup à faire dans la case : barbecue, brochettes d’agneau et riz, fruit et glace à la vanille maison, et puis aller chercher du petit bois dans le haut du jardin avant la nuit.
Une bordée de jurons en direction des makis qui ont mangé tout le régime de bananes que je comptais récolter dimanche matin.

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Et ce matin, beau temps chaud.
D’abord cueillir quelques oranges pour le jus du petit déjeuner, thé, yaourt maison et bananes.
Et puis, profiter de la fraîcheur matinale (29°4) pour tailler quelques plantes et nettoyer le jardin.
Ensuite, petite douche, lecture du courrier électronique, du journal aussi, pour savoir si c’est encore la paix, ou déjà la guerre, et déclaration d’impôts en ligne urgente.

Plus tard, un peu de travail, une petite sieste, et ensuite, on verra…

Petite Terre

Hier on a pris le bateau et nous avons quitté notre île pour la première fois depuis des mois.
Direction Petite Terre et ses merveilles.
Nous aussi nous avons notre volcan.
Ne se croirait-on pas en plein Massif Central ? On pense au lac Pavin, par exemple.

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Le lac Dziani

Et puis, quand on en a fait le tour, on peut toujours aller se reposer sur les plages de Moya…

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Moya

Boueni

Bouéni c’est femme en shimaore, c’est aussi comme cela qu’on appelle un gros rocher comme celui qui se trouve sur la plage ; il a donné son nom au village voisin.
C’est une plage sympathique que nous avons partagé à six hier après-midi. Bon, l’eau était un peu trouble, avec les pluies de ces derniers jours, mais elle n’est qu’à six kilomètres de la maison alors…

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A noter qu’on a croisé sur la route des hadji, pèlerins de retour de la Mecque. C’est un spectacle extraordinaire, les voitures sont recouvertes d’un napperon de dentelle géant, de guirlandes de Noël, de fleurs et accompagnées de toute la famille en habits de fête, chantant au rythme des tambours, tous assis sur la plateforme des pick-up qui suivent. C’est un spectacle à voir, certainement ce que nous avons vu de plus coloré depuis que nous sommes à Mayotte.
Pour revenir à la plage, la pensée qui nous est venue, en sortant de l’eau, c’est « tiens, un peu de fraîcheur ! », sans doute l’alizé naissant.

Il a plu !!

Quand on a vu les gouttières et les caniveaux, on s’est dit que l’ingénieur responsable avait travaillé avec un crayon mal taillé, ou qu’il était un spécialiste de l’écoulement des eaux sur autoroute. Après l’orage de la nuit dernière, on se demande si cela n’est pas conçu un peu juste. Que se passera-t-il en cas de cyclone ?

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Le torrent dans le jardin

Il a commencé à pleuvoir vers quatre heures, et au petit matin, à l’heure de partir pour l’école, impossible d’atteindre la voiture… Un torrent venant de chez la montagne traversait le jardin, passant de part et d’autre de la maison, me coupant de ma boîte de conserve automobile.

Après avoir quelque peu pataugé, l’arrivée à l’école s’avère aussi problématique que le départ de la maison. L’entrée de l’école se trouve au milieu d’un lac d’eau rouge. L’obstacle franchi, la première partie de la matinée sera consacré au nettoyage de la classe, inondée par la tornade et à l’essorage des élèves. Les vitrages n’ont pas été terminés lorsque l’école a été livrée, mais la mairie ne l’ayant pas signalé, personne ne peut (ou ne veut) assurer la fin des travaux.
Vivement les vacances prévues vendredi prochain !

La 24ième semaine

Il y a peu, je nageais dans une eau à 16°.
Maintenant qu’elle pointe entre 26 et 28, je nage en m’efforçant d’éviter les courants froids. Ou je flotte béatement en admirant la côte, déserte, pas une maison pour miter la forêt de fromagers, de baobabs et de tulipiers, juste quelques cocotiers pour rappeler une présence humaine. Ou alors je me tourne vers l’océan et je m’extasie niaisement en contemplant les trains de nuages qui parcourent l’océan indien à cette latitude.

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Ciel sans fin

On a de petites joies mesquines.
Une tortue m’a rappelé à la réalité en me heurtant à la jambe. Je suis revenu sur le sable.